Départ de Villarica et me voilà de nouveau sur le bord de la route à attendre avec mon gros sac qu’un gentil automobiliste ou camionneur veuille bien
m’emmener dans ma direction. Il y a exactement 378 km qui séparent mon point de départ et mon point d’arrivée. C’est la première fois que je fais du stop au Chili, mais je me rends vite compte
que même si ce type de bonhomme avec le pouce levé sur le bord de la route n’est pas très courant, les gens s’arrêtent tout de même assez facilement. Ainsi après 9h entre attente et rencontre je rejoins ma destination qui est Ancud ville au nord de l’île Grande de Chiloé. Il m’aura fallu monter dans
4 voitures, 4 camions et un ferry pour y arriver, avec des personnes totalement différentes notamment au niveau de leur rang dans la société. Entre le chauffeur de camion qui transite sur
toute la route 5 entre l’Alaska et Chiloé, les deux extrémités de cette route, au simple paysan allant livrer son lait, le PDG d’une station de radio
nationale ou la professeur de religion. Bref de longs moments pour enrichir mon vocabulaire espagnol. Je quitte donc Marcelo mon dernier chauffeur avec qui j’ai fait la traversée en ferry pour
arriver sur l’île jusqu'à cette ville de pêcheur, point de chute seulement connu par les touristes pour ses pingouins non loin de là. Mon but premier est de trouver un vélo pour pouvoir
arpenter cette île longue de 200 km et large de 80 km au maximum. Malheureusement ou peut être heureusement, vous verrez par la suite, que les vélos par leur état ne permettaient pas vraiment ce
genre d’excursion. Je fais face à ma déception et décide de me consoler en allant dire un petit bonjour aux pingouins.
Sur le trajet je rencontre Jacques et Paule un couple de septuagénaires
français qui ont parcouru et parcourent encore le monde mais maintenant de façon plus confortable. A les écouter il me reste énormément de choses à faire et à voir en Amérique du Sud et ailleurs dans le reste du globe et les entendre me laisse rêveur. Finalement nous arriverons sur la plage, où différentes
embarcations attendent les touristes. Une chose assez amusante se passe sur cette plage, pour rejoindre l’embarcation il y a des petites carrioles surélevées pour ne pas avoir à se mouiller un
orteil. Alors vous voyez une petite dizaine de touristes sur cette plateforme roulante de 8m² tiré par un ou deux pauvres étudiants chiliens. Pour ma part ce n’est pas un peu d’eau jusqu’aux
chevillex qui m’empêchera d’atteindre la barque par mes propres moyens et ainsi abolir, avec mes deux compagnons du jour, cet esclavage en n'hésitant pas à mettre un pied dans l’eau. Bref nous
voilà à bord de notre barque et en quelques minutes nous rejoignons un rocher où se trouvent les pingouins, les loutres, les cormorans et autres oiseaux.
Voir déambuler, je crois que ce mot correspond vraiment bien à la
démarche des pingouins qui se dandinent comme des pantins, en s’aidant du mouvement des vagues pour remonter sur le rocher. A côté de nous une loutre s’amuse à faire la planche alors que les
cormorans sont en pleine partie de chasse pour nourrir leurs petits perchés sur un recoin de l’île. A cette époque de l’année les lions de mer ne sont pas là et je n’aurai donc pas
l’occasion d'en voir ici ; il faudra patienter pour peut-être en voir plus au sud. Avant de retourner sur Ancud nous nous poserons tranquillement pour regarder le coucher de soleil
tombant dans cette baie tout en dégustant un plateau de fruits de mer, juste arrivés par bateau sous nos yeux une heure avant. La ville d’Ancud n’offre pas grand chose, du fait de son atmosphère
rétro, comme si le temps n’avait pas évolué à la même vitesse sur l’île que sur le continent. Je continue donc sur cette route 5 pendant 100km vers le sud jusqu’à la ville de Castro, la
ville la plus importante (en tout cas la plus grande) de Chiloé.
A mon arrivée dans la ville se tient une démonstration de danse traditionnelle appelée la Cueca. Les hommes sont habillés tels des Huaso nom donné au Gauchos Chiliens avec un
foulard blanc à la main et dansent autour des femmes portant de superbes robes. Castro est le point central des différentes activités qui sont le parc national et les 16 églises
traditionnelles classées au patrimoine de l’Unesco. 15 églises à visiter c'est beaucoup pour moi qui ne suis pas vraiment fan de ces endroits, mais je décide d’en voir quelques unes et
cette fois je le ferai en vélo. C’est comme ça que je tombe sur un breton perdu ici sur cette île du Pacifique, lui qui vient d’ouvrir son petit office touristique et à qui je vais louer un vélo
pour parcourir une petite centaine de kilomètres entre Castro et Anchao (aller-retour). Me voilà sur la route et à peine ai-je quitté la ville qu’une énorme descente se profile devant moi. C’est
parti, me voilà à fond les manettes dans la descente dépassant voitures et camions qui ralentissent à chaque dos d’âne et qui me permettent de faire de bien jolis sauts. Oui, mais voilà que la
pente change et cette fois ce sont voitures et camions qui me passent sous le nez, la côte est difficile mais j'en viendrai finalement à bout. Voilà le grand problème de Chiloé pour tout
cycliste, il n’y a pas un moment de plat et même si j’arrive tout de même à faire mes 100 km aujourd’hui, je me demande si j’aurais réellement pu faire le tour de cette île en vélo dans ces
conditions.
Bref ma journée cycliste sera
épuisante, mais les paysages sont magnifiques tout est vert, bordé par la mer avec des petites maisons en bois partout comme les églises qui sont vraiment superbes par leur architecture. Tout
l’intérieur est aussi en bois du plancher jusqu’au plafond. Le lendemain malgré les courbatures de la veille, je pars pour le parc national et dans le bus qui m’y emmène je recroise
Elizabeth, une espagnole, rencontrée à Villarica. Du coup nous parcourons le parc ensemble toute la journée sur en longeant la côte ouest de l’île. Mais Chiloé nous rappelle rapidement que
si tout est vert et magnifique, c’est que le climat est très pluvieux. Il nous faudra donc finir sous la pluie et nous partagerons un superbe maté. Une boisson plutôt d’Argentine qui ressemble à
du thé mais avec un goût particulier, assez difficile à décrire. En rentrant sur Castro, au détour d’une rue je retrouve Antonio, le chilien avec qui j’ai passé une semaine à Villarica, il part
demain pour Puerto Varas qui est aussi ma destination. Le lendemain je retourne sur le bord de la route, mais il y a des fois où rien ne va pas comme on voudrait ; après avoir passé 4h
à attendre une âme charitable, je me résigne à consulter les horaires de bus pour me rendre à Puerto Varas. Faire du stop sur une île n’est pas très évident : peu de passage et la
plupart des gens sont des vacanciers et ici quand les chiliens partent en vacances c’est toute la famille qui part alors pas de place pour un touriste et son gros sac dans les voitures. Puerto
Varas, me voilà arrivé dans une ville près d’un lac dominé par un volcan actif au sommet enneigé. Il me reste une semaine avant d’embarquer sur le bateau, mais le coin regorge d’activités.
Malheureusement, je ne pourrai pas mettre le volcan Osorno à mon palmarès, après m’être présenté à la base du volcan me voilà refouler par la CONAF qui juge le sommet trop dangereux pour toutes
personnes n’ayant pas un diplôme de guide.
Légèrement déçu, je
repars pour me renseigner afin de le faire avec une agence, mais là les prix sont inabordables 200€ pour marcher en montagne, je ne comprends pas trop pourquoi la pratique de ce prix et décide
donc de m’attaquer à un nouveau challenge. Je vais avoir l’occasion de parcourir le Rio Petrohue en rafting le lendemain. L’excitation est à son comble ce matin, le minibus passe nous chercher
nous serons 8 au total. Petit tour au refuge, où l’on nous donne notre équipement puis on nous explique les consignes de sécurité. Chose non négligeable les ordres seront donnés en espagnol,
j’espère juste que ce sera compréhensible. Direction ensuite le Rio, à peine descendu du véhicule que l’on entend les bourdonnements de l’eau, ce qui promet une sacrée partie de bras de fer entre
les rapides et notre raft. Je prends place dans l’embarcation en plastique un petit peu de pratique avant de commencer dans un endroit calme et nous voilà partis. Tout ce que je peux vous dire
c’est que c’est super physique, "mouillant" mais extrêmement fun, une bonne dose d’adrénaline. Nous aurons parcouru plus de 12km en raft, emprunté environ 8 rapides différents.
Après une journée de repos total où je rencontre Ben,
Sylvette et Zian qui voyagent autour du monde en vélo (suivez le lien de leur site ca vaut le coup d’œil) avec un enfant de 2 ans. Ce petit bout de chou qui sait déjà dire bonjour en plusieurs langues. Comme quoi un enfant n’est peut être pas un frein à la découverte du monde comme je le pensais. Pour ma part la
suite est de me rendre dans le parc national de Petrohue, pour une petite ballade près du volcan et des chutes d’eau. De quoi se remettre en condition avant d’affronter ma prochaine expédition de
Torres del Paine dans une semaine. La suite se résumera à un repos avant de tenter ma chance au casino pour mon avant dernière nuit. Tous les samedis il y a un tournoi de poker et ma passion pour
les jeux prendra le dessus pour une nuit. Après l’inscription et le droit d’entrée de 50000 pesos soit 70€ je me dis que je dépense l’argent de mon voyage bêtement presque 7 jours de vie en
Bolivie. Tant pis c’est fait désormais 5 tables soit un total de 43 tous chiliens, je ne comprends pas tout ce qui se dit autour de la table mais
j’empoche pas mal, et finirai 8eme du tournoi en doublant ma mise de départ. La chance était avec moi ce soir là…
Mon périple dans la région des lacs se termine, demain le navire m’attend pour une traversée de 4 jours entre fjords et glaciers vers Puerto Natales avant de m’attaquer à une des 7 merveilles du
monde TORRES DEL PAINE.